Nouveau Départ (26 août 2012)

Hier, dans la voiture, qui me ramenait à la maison de mes parents après un séjour d’une semaine en Turquie, je pensais : je ne sais pas quoi faire de ma vie. Une angoisse m’a agrippée tandis que je ne percevais pas l’horizon derrière le brouillard. Pourtant, je me rassurai soudain en pensant que c’est le propre de l’humain de toujours vouloir connaître l’avenir, de quoi celui-ci sera fait, et de se projeter sans cesse dans le flux continu d’activités. Or, n’est-il pas au contraire plus juste de se laisser aller ? A ses rêveries, ses rêves, ses projets, en accomplissant certains, un à un, en oubliant ou abandonnant d’autres… Sans forcément entrevoir expressément the bigger picture.

Aujourd’hui, je poursuivais ma lecture du troisième volet de la trilogie de Katherine Pancol, « Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi ». Bien sûr, j’aurais aimé avoir le talent de l’écrivaine, ancienne professeure de lettres, pour réussir à égaler son œuvre, que je trouve admirable, mémorable et imposable. Toutefois, je me sens saisie d’un sentiment irrémédiable entre conscience de mon incapacité à détenir un tel brio et la consolation de mon caractère unique et la croyance qu’un jour je réaliserai quelque chose de grand, de beau par mes seules qualités et particularités. En attendant, je m’inspire et trouve du réconfort et de l’émulation auprès de maîtres à penser.

Dans la salle de bain, plus tard, en faisant ma toilette tardive du matin, j’étais envahie d’une vague de pensées proches de ma philosophie. Mon raisonnement partait de la maxime, puissante et creuse à la fois : les choses viennent à soi. J’étais aux toilettes lorsque cette idée vint me bercer. J’ai essayé de me rappeler qui m’avait murmuré cette douce litanie romanesque que je n’arrivais plus à invoquer que du bout de ma cervelle. Je me suis concentrée. J’ai fouillé les recoins de ma mémoire jusqu’à me souvenir enfin, jusqu’à ce que l’image jaillisse, tel le lapin du chapeau du magicien. Il s’agissait de M. Philippe Dupin dans le livre de Pancol qui me soufflait à l’oreille ces mots évocateurs d’un avenir meilleur, empli de promesses et d’espoir.

Dans les entrelacs de mes pensées individualistes, je parlais à Leo, je prononçais en secret des mots d’amour qui lui étaient destinés, je déversais mes espérances en des lendemains ensoleillés. Je l’aimais d’amour, sans arrière-pensée obscure – car je suis du genre à toujours entrevoir le mal, mon imagination me jouant de ces tours, quand je lui lâche les brides, qu’elle s’emballe et me jette à terre sans ruades pour m’avertir.

Alors, j’ai décidé de monter dans ma chambre et de me mettre à écrire. Après m’être saisie du roman pour retrouver ce passage qui battait en moi à l’unisson de mon cœur frêle, tel un pinson chantant des cantiques au firmament. Après tout, n’avais-je pas connu cette expérience de félicité en me laissant seulement porter par la vie et les signes de l’existence ? Et s’il résidait là le secret d’une vie épanouie ? Pourtant pas si simple à mettre en pratique, dans un monde gouverné par la Raison. Celle de l’Argent évidemment !

Mais, moi, j’ai toujours voulu sortir des sentiers battus, malgré mes faiblesses apparentes et difficilement domptables. Déjà, toute petite, j’explorais chaque recoin du voisinage, des champs bucoliques à la forêt sombre et intrigante. La curiosité et l’insouciance me guidaient. Je ne me souviens pas avoir eu peur de quoi que ce soit. Les éraflures et les saignements, je m’en foutais. Au contraire, j’étais fière des cicatrices de guerrière marquées par mes aventures.

Replongeant dans le souvenir de mon vieux journal intime, je concluais que vouloir être une Star d’Hollywood ne signifie rien tant que l’on n’est pas né pour devenir acteur. L’on ne peut devenir que ce pour quoi l’on est fait. Le tout est de trouver sa raison de vivre, sa raison d’être et de composer avec, même si cela implique de faire un boulot chiant pour survivre. Mais, de mon expérience, il vaut mieux éviter de se projeter dans une carrière flamboyante pour faire comme tout le monde pour se rendre compte au bout du chemin que l’on s’est carrément planté de direction ! Voilà tout l’intérêt de prendre son temps, en dépit d’une société qui voudrait que tout aille vite, de plus en plus vite, pour gagner de plus en plus d’argent. Argent pour faire quoi ? Consommer évidemment, et faire tourner l’économie, pour rapporter encore plus, beaucoup plus, toujours plus, à d’autres !

Alors voilà, j’essaye de retrouver les vers formulés par Philippe Dupin, ancien avocat, reconverti en collectionneur d’art. Ce petit paragraphe qui avait fait mouche n’était pas facile à identifier parmi ces presque quatre cents pages engrangées. Où se trouvait le tintement du clairon qui m’avait fait vibrer ? Réveiller l’âme qui sommeillait au fond du précipice.

Quel contentement éprouvé-je dans le feu de l’écriture ! Si seulement je pouvais me délecter de ce souffle intense dans la continuité des jours qui se lèvent les uns derrière les autres. Succomberai-je enfin au ravissement ? L’hymne semblait moins retentissant à la seconde lecture :

On a tous besoin de croire, d’avoir confiance, de savoir qu’on peut donner tout son cœur à un projet, une entreprise, un homme ou une femme. Alors, on se sent fort. On se frappe la poitrine et on défie le monde.

Pâle et éphémère au regard de la révélation que j’avais éprouvée en imaginant la scène de nouveau plus tôt. Fantasme de nymphette. Je poursuivais néanmoins la retranscription de cette morale.

Mais si on doute…

Si on doute, on a peur. On hésite, on chancelle, on trébuche.

Si on doute, on ne sait plus rien. On n’est plus sûr de rien.

Or, moi, je doutais en permanence.

Il y a soudain des urgences qui n’auraient pas dû être des urgences.

Des questions qu’on ne se serait jamais posées et que l’on se pose.

Des questions qui, soudain, ébranlent les fondements mêmes de notre existence.

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